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Croisière Jaune – Épisode 10

Publié le 8 janvier 2016

Le matériel meurt mais l’expédition ne se rend pas

 26 décembre 1931 – 31 janvier 1932

Vue de la Grande Muraille et des toits d'une ville fortifiée. © CITROËN COMMUNICATION

Vue de la Grande Muraille et des toits d’une ville fortifiée.
© CITROËN COMMUNICATION

 

Caravane d'autochenilles passant à côté de la Grande Muraille. © CITROËN COMMUNICATION

Caravane d’autochenilles passant à côté de la Grande Muraille.
© CITROËN COMMUNICATION

Les membres de l’expédition filent le long de la Grande Muraille. Hélas, les véhicules commencent à montrer des signes d’épuisement. Les bandes, notamment, sont bonnes à changer. Celle de Piat explose sur une pierre. « Cette fois la réparation est importante. Il faut monter une autre bande, changer soixante blocs de roulement, 60 dents et soixante plaquettes ».

L’expédition loge chez les Pères belges de la Mission « Göttlischen Wortes ». On est à quatre cent kilomètres de Ningshia. A l’aide d’une simple carte, on essaye d’évaluer le moment où l’on arrivera à Pékin. Pendant ce temps, la T.S.F. meurt à nouveau. L’équipe, pour autant, ne baisse pas les bras face à la fatalité.

Vers Ningshia. - Caravane d'autochenilles. © CITROËN COMMUNICATION

Vers Ningshia. – Caravane d’autochenilles.
© CITROËN COMMUNICATION

 

Dans cette région du Kan-Sou, la misère est terrible et serre le cœur de nos hommes. Celle-ci a désenchanté les missionnaires présents sur place. Discours de l’innocence et de la désillusion :

« Pourquoi restez-vous ici ?

• Je suis habitué. Je ne pourrais plus vivre ailleurs. Après la guerre, mes supérieurs m’ont demandé de revenir à Pékin. J’ai refusé. Que voulez-vous ? Reprendre la vie de communauté après ma vie indépendante ? Je ne pourrais plus ».                                                                                                                                                                Cet homme a plus de trente ans de Chine. Le courage d’un Père missionnaire dans une région dévastée par la pauvreté. Mais la Chine possède des trésors, même s’ils sont bien cachés. « Dans le Journal de Tien-Tsin, le Père Teilhard relève une communication fort intéressante concernant son Pekinensis. Lorsqu’il a quitté Kalgan, il avait laissé sur le chantier avec mission de poursuivre les recherches, un collaborateur du Service géologique. Or, il vient de lire que sur les mêmes plans de terrain où les crânes du Pekinensis ont été découverts, se trouvent des pierres taillées, ce qui prouverait que cet ancêtre éloigné de l’homme (vivant au début du quaternaire) aurait été doué d’intelligence. Grosse émotion dans le monde paléontologique ». Georges Le Fèvre fait ici allusion à « l’Homme de Pékin (Sinanthropus pekinensis) », ou Sinanthrope, qui est un Homo erectus. Cette espèce a été découverte entre 1923 et 1927 par Davidson Black aux alentours de Pékin. A l’époque, il s’agissait du plus vieux représentant du genre Homo jamais découvert en Chine.

Traversée du Fleuve Jaune. © CITROËN COMMUNICATION

Traversée du Fleuve Jaune.
© CITROËN COMMUNICATION

La Croisière longe le Fleuve Jaune. Le 21 janvier, on estime qu’il faudra dix-neuf jours pour arriver à Pékin. Les Pères, au moment du départ, mettent les Français en garde : la route est périlleuse. En effet, un chef rebelle se trouve devant eux, et mieux vaut éviter sa route.                                                                            « A cinq heures arrive de Ning-Hsia le Père Labarre que nous avons eu l’occasion de connaître avec le Père Van Diyck. Il ramène le corps d’un vieux Père mort à Ning-Hsia du typhus, il y a 5 mois. Cette arrivée du cercueil dans la cour centrale, ce petit catafalque dressé aussitôt sur le parvis de la grande église, les cierges allumés, le LAUDATE chanté par tous les Pères de la Communauté ; tout cela derrière les sept auto-chenilles et le matériel de l’Expédition rangé dans la cour prend une grandeur particulièrement émouvante ».

On remonte vers la Mongolie. Arrivée à Lin-Ho, une ville occupée par des troupes indépendantes. Ses portes s’ouvrent, mais les voitures préfèrent ne pas entrer. Elles contournent ses murs et poursuivent leur chemin. Cette fois-ci, les autorités locales ne pourront retenir personne. La prudence a été plus forte que la curiosité.

Après le Fleuve Jaune, le vent Jaune. Venu du sud, celui-ci noie l’expédition dans une mer de sable. Les techniciens redoutent que cette tempête, aspirée par les voitures en dépit des filtres à air, ne détruise les moteurs des sept véhicules. Une révision est nécessaire. Pour cela, l’arrêt est obligatoire. La zone est dangereuse. « Le mieux sera de « larguer » les remorques à Paotow et de s’alléger le plus possible pour gagner Peiling-Miao, mais de l’avis des mécaniciens les moteurs actuels ne pourront aller au-delà de Paotow et il sera nécessaire pour ne pas avoir de nouveaux pépins et traîner sur la route, de faire venir par chemin de fer des moteurs neufs de Tien-Tsin ».

Ningshia. © CITROËN COMMUNICATION

Ningshia.
© CITROËN COMMUNICATION

On repart, en évitant soigneusement d’entrer dans les villes. On passe au travers de plusieurs villages et lignes de soldats. Mais le convoi finit par s’étirer, et on perd la voiture T.S.F. située en queue de cortège. Elle est tombée en panne. Elle ne sera secourue qu’à la tombée de la nuit, par un autre véhicule. « Dans le camion se trouvent Point, Chauvet, Georges-Marie Haardt.

• Et alors ?

Point se tape sur les cuisses.

• Une affaire formidable. Des coups de feu. Trente balles tirées sur la voiture 2. Les mitrailleuses en action.

Georges-Marie Haardt : La voiture d’Audouin est percée de part en part. C’est une écumoire. […]

• Des blessés ?

• Heureusement personne de part et d’autre. Une chance. Un simple malentendu comme dit l’officier chinois ».                                                                                                                                    Les tirs étaient nettement dirigés contre les voitures.

Suite à cette attaque (une embuscade dans un village chinois), l’équipage repart avec ses voitures blessées. « Nous traversons en ce moment une région qui dépend d’un prince mongol. Tout autre aspect que celui de la campagne chinoise. De la steppe avec des troupeaux de chevaux que garde un cavalier tenant un long fouet. Silhouette noble sur le fond du ciel. Des gestes de sympathie. Des sourires ».

Le 29 janvier, l’expédition se sépare en deux groupes pour rejoindre Peiling-Miao, à trois jours d’intervalle. Le lendemain, 30 janvier 1932, on apprend que les Japonais bombardent par avion la gare de Shanghai. Inquiétudes. Le 31, le premier groupe part de Paotow. On est armé et fort peu rassuré. On prépare son âme.

 

  • Vue de la Grande Muraille depuis les montagnes. © CITROËN COMMUNICATION
    Vue de la Grande Muraille depuis les montagnes. © CITROËN COMMUNICATION

Article rédigé par L.Cottin