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Croisière Jaune – Épisode 7

Publié le 12 octobre 2015

Retrouvailles

 1er octobre 1931 – 31 octobre 1931

Ouroumtsi sous la neige. © CITROËN COMMUNICATION

Ouroumtsi sous la neige.
© CITROËN COMMUNICATION

 

Dans des paysages semblables à ceux de la Sologne, le moral des hommes s’assombrit. L’épuisement, tant physique que moral, fait ressortir quelques rancœurs qui ternissent la bonne ambiance qui régnait depuis des mois au sein du groupe Pamir.

« Conversations à cheval. Le bleu de Méthylène est commenté à la fois par le docteur et le peintre. Scènes pastorales du matin. Bergers à houlette. Ponts chinois aux barrières chancelantes. Des hommes au torse bronzé moissonnent la luzerne à la faucille. Nous avançons dans des chemins creux bordés de saules. Douceur matinale du paysage qui se déplace peu à peu, au pas du cheval. Trame usée de la route, près d’un fil ; celui du télégraphe. Terrasses bordées de murettes en torchis avec des essais décoratifs (balustres à ogives ou ouvertures oblongues) ».

Aksou. - Portrait d'un fonctionnaire chinois. © CITROËN COMMUNICATION

Aksou. – Portrait d’un fonctionnaire chinois.
© CITROËN COMMUNICATION

Le groupe traverse ensuite, durant plusieurs jours, une zone désertique. À l’exception du fonctionnaire qui s’occupe des gîtes relais, il n’y a pas âme qui vive. Les voyageurs sont impatients d’être à Aksou, là où ils retrouveront les voitures.

Portrait du Père Pierre Teilhard de Chardin, géologue et paléontologue. © CITROËN COMMUNICATION

Portrait du Père Pierre Teilhard de Chardin, géologue et paléontologue.
© CITROËN COMMUNICATION

Le 8 octobre 1931 est une journée mémorable. Les Pamir sont, en effet, rejoints par Karl, l’adjoint de Hackin. Il fait partie du groupe Chine, dont le chef semble avoir malheureusement disparu depuis cinq jours. Les Pamir se dirigent vers Aksou. Il ne leur reste plus que dix kilomètres.

« Tout à coup, au détour du chemin qui suit une rivière, une silhouette qui fait battre nos cœurs, encore une […] Nous pensons tous à un mécanicien. C’est un homme assez grand, coiffé du béret basque, une badine à la main, et qui lève les bras…

 • Bonjour ; vieux, s’écrie Morizet en lui tendant la main.

Mais il recule, interdit. C’est le Père Teilhard.

Notre émotion se renouvelle. Tout le monde a sauté à bas de son cheval.

Vous êtes à cinq minutes du campement, dit le Père Teilhard. Un beau jardin. Je viens jusqu’ici pour pêcher dans la rivière. Mais je n’ai pas l’autorisation d’aller plus loin… Vous voilà… enfin… On vous attendait depuis longtemps… vous savez ?

Si près… à présent, murmure Georges-Marie Haardt, très ému. Racontez… »

Aksou. - Iacovleff posant à cheval devant une autochenille. © CITROËN COMMUNICATION

Aksou. – Iacovleff posant à cheval devant une autochenille.
© CITROËN COMMUNICATION

Le groupe Pamir avance vers le campement pour retrouver les membres du groupe Chine. Seule une partie de l’équipe de Point est arrivée, avec des voitures. Les deux équipages se retrouveront au complet à Ouroumtsi.

«  Nous nous dirigeons vers notre campement. Il est là, tout près. Encore 10 mètres à faire et l’on tourne à gauche.

Notre émotion de voir soudain, dans la cour, les quatre puissants blocs de duraluminium cravatés du fanion tricolore. Sa puissance, sa sobriété, ses lignes, sont notre réconfort. Ainsi le rendez-vous a été tenu de part et d’autre, et dans le pays le plus difficile d’accès qui soit en Asie : le Sin-Kiang […]

Les voitures ne paraissent pas avoir souffert. Seules, quelques éraflures de peinture sur la carrosserie, témoignent du long voyage. […] Nouvelle vie. Tous les visages sourient.

Le 11 octobre, les aventuriers reprennent la route vers Ouroumtsi. « Décor impressionnant. Paysage disloqué. Les couches d’oligocène grises et rouges, plissées, comprimées, enchevêtrées en tous sens, dressent sur un fond de ciel morne leur architecture squelettique, aussi macabre que la dépouille décharnée de ce cheval ou de ce chameau que nous rencontrons sur notre passage ».

Le 19 octobre, les voitures commencent à montrer les premiers signes de fatigue. Les roulements des voitures 3 et 4 sont révisés, les colliers lâchent et ceux de remplacement n’ont pas le bon numéro. Il faut amincir les fusées à la lime, pendant plusieurs heures.

Après avoir visité quelques grottes dotées d’un grand intérêt archéologique (« Iaco dégage un pied […] qu’on dirait détaché d’une statue grecque tant il est modelé avec grâce et exécuté d’après le canon des classiques »), l’équipe repart de nuit. Elle assiste alors à un spectacle saisissant : « Tableau incomparable : les phares font jouer des faisceaux de poussière lumineuse. Des cavaliers galopent sur les bas-côtés de la piste ; Mongols portant leur femme en croupe, Chantous galopant à l’amble, immobiles sur leur selle, leur petit fouet à la main, Douganes en charrettes bleues, et devant les voitures, derrière, accrochés aux flancs des remorques, toute une population masquée par l’obscurité mais que dénonce brutalement l’éclat soudain d’un projecteur ».

Portrait de Victor Point, lieutenant de vaisseau et chef du groupe Chine. © CITROËN COMMUNICATION

Portrait de Victor Point, lieutenant de vaisseau et chef du groupe Chine.
© CITROËN COMMUNICATION

Le 22 octobre, alors que les voyageurs sont toujours sans nouvelles de Point, ils envisagent la traversée du Gobi. Et, soudain, deux jours plus tard, une immense surprise les attend. « À un kilomètre du passage difficile se trouve un second escarpement […] Tout à coup un indigène accourt dans notre direction. Un cri de Karl, gras et prolongé :

• Merde ! Le camion.

Et Karl démarre comme un fou en agitant les bras. Un camion en effet vient à notre rencontre. Fanion tricolore. Un homme en descend : c’est Point. Un autre.

• Petro ! Mon vieux Petro !

C’est du délire. Échos des voix dans la gorge. Tout le monde abandonne le matériel. On se précipite ».

Désert de Gobi. © CITROËN COMMUNICATION

Désert de Gobi.
© CITROËN COMMUNICATION

En tout, ce sont quatre hommes qui sont venus d’Ouroumtsi à la rencontre des Pamir. L’équipe retournera dans cette ville, afin de récupérer les autres membres du groupe Chine. Georges-Marie Haardt envisage de renégocier avec le gouverneur pour les passeports et les photographies. Les voyageurs se préparent à affronter les grands froids à venir. Les futures rigueurs climatiques pourraient bien glacer l’ambiance entre les participants à l’expédition.


 

 

  • Aksou. - Porte gardée avec devant des marchands ambulants. © CITROËN COMMUNICATION
    Aksou. - Porte gardée avec devant des marchands ambulants. © CITROËN COMMUNICATION

Article rédigé par L.Cottin