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Croisière Jaune – Épisode 9

Publié le 10 décembre 2015

 Le froid, la politique et l’isolement

 1er décembre 1931 – 25 décembre 1931

Campement à Hami. © CITROËN COMMUNICATION

Campement à Hami.
© CITROËN COMMUNICATION

 

Le mois de décembre commence par un évènement funeste. Durant la nuit, Georges le Fèvre et ses compagnons de chambrée sont victimes d’un empoisonnement à l’oxyde de carbone. Fort heureusement, un Français se trouvant hors de la pièce les a entendus crier (certains cauchemardaient) et est intervenu à temps. Le coupable ? Un poêle qui fonctionne mal. Un banal objet du quotidien, plus dangereux que toutes les épreuves précédentes réunies. Un sort bien ironique.

L’ espion du gouverneur du Sin-Kiang est semé en cours de route en échange de 100 lans. Après cinq mois de silence, hasards, avaries et censure, la T.S.F. fonctionne de nouveau. Les Pamir filent. Le soir, le condensateur de la radio rend l’âme. Quelle épreuve !

Cette nuit, il fait – 10°C. Cela n’empêche pas l’équipage de dormir à la belle étoile. Pour empêcher que les voitures ne lâchent, il faut éviter qu’elles refroidissent, un processus qui prend plusieurs heures. On ne dresse pas de campement car cela ferait perdre du temps, et on ne dort que cinq heures par nuit. L’équipe est nerveusement à bout.

Victor Point accompagne les Pamir. Le groupe Chine fait le trajet du retour avec les Pamir, ce qui leur a permis de préparer cette route, qui s’annonce longue et très difficile. Les membres unis de l’expédition comptent rejoindre directement Pékin, afin d’échapper aux conflits politiques qui secouent le pays. Petite astuce : à l’aller, les Chine ont enterré des objets de grande nécessité pour éviter les pillages des réserves par les rebelles chinois. Mais, les routes à venir seront-elles sans encombre, ou la guerre barrera-t-elle le chemin des sciences et de la découverte ?

Départ de Hami le 11 décembre 1931. © CITROËN COMMUNICATION

Départ de Hami le 11 décembre 1931.
© CITROËN COMMUNICATION

On cherche le premier stock enterré. Les pierres ramassées par le Père Pierre Teilhard de Chardin (chercheur, paléontologue et géologue à ses heures perdues) ont été volées avec 400 litres d’essence.

Nouvelle ville : Hami. Nouvelle prise en otage de l’expédition, cette fois-ci par le général Tchang. Il explique que les boys chinois n’ont pas de passeport en règle. Officiellement, l’expédition est en Chine… Heureusement, la situation s’arrange rapidement, grâce à la ténacité diplomatique de Georges-Marie Haardt.

On retrouve la marchandise perdue ; celle de Hsin-Ching-Cha a été volée. Des vivres attendent l’équipage sur le trajet, dans une ferme abandonnée, ce qui n’est pas l’endroit convenu. Face aux rebelles (deux personnes potentiellement armées), les convoyeurs ont pris peur et sont rentrés à Hami, laissant sur place « 1 100 litres d’essence, deux caisses de vivres, un bloc-moteur de rechange, une whimper-tent ». Tout ceci sera chargé le lendemain. On passe la nuit dans la ferme. « Elle est abandonnée. Pas tout à fait cependant. Un vieux prêtre chinois s’y réchauffe auprès de quelques tisons, avec son chien et son chat. Quand Petro lui demande ce qu’il fait là, il répond qu’il désire s’acquérir du mérite en enterrant les cadavres des soldats tombés sur le champ de bataille.

  • Rien qu’autour de la ferme, dit-il avec satisfaction, j’en ai enseveli douze ».
Voiture popote, rabats ouverts sur les côtés de la voiture faisant office de table sur lesquels sont posés assiettes, plats et pichets. © CITROËN COMMUNICATION

Voiture popote, rabats ouverts sur les côtés de la voiture faisant office de table sur lesquels sont posés assiettes, plats et pichets.
© CITROËN COMMUNICATION

 

On repart sur une route faite de pistes et de déserts. L’équipage se perd plusieurs fois, la nuit n’étant pas propice à l’orientation. L’impatience d’arriver à la frontière se manifeste. « Nous roulons jusqu’à 11 heures et demie du soir. Mais le « guignol » de la voiture popote s’est ouvert à 6 heures pour nous faire manger chaud. Nos silhouettes à tous, l’écuelle à la main, faisant la queue pour recevoir nos portions ont l’air d’être dessinées par Kern. Une fois de plus, on mange à la lueur des phares. […] Avec nos visages hirsutes, nos épaules contractées par le froid, nos mains bleuies, nous ressemblons à une bande de clochards ». Cette nuit, tous dormiront à la belle étoile, par un froid de            – 25°C.

 

 

Vers Soutcheou, dans le désert de Gobi. © CITROËN COMMUNICATION

Vers Soutcheou, dans le désert de Gobi.
© CITROËN COMMUNICATION

Conquête du Gobi. On ne visitera pas de villes fantômes, hélas. Le danger, ici, est grand. Escale à Sutchow. « L’ouverture des caisses de ravitaillement provoque des exclamations d’enthousiasme : « Du pinard Potin ! Du beurre salé ! Du pain ! Du jambon !… »

Mais la fatigue nous sonne durement.       A 8 heures tout le monde est couché dans une sorte de dortoir étrange où côte à côte, le naturaliste et l’archéologue, la chirurgie et la radiotélégraphie, la marine et la littérature s’étendent sous leurs peaux de mouton ».

Nouvelle prise en otage. Le Gouverneur de Sutchow prétend que les passeports sont périmés. Nouvelles négociations. Les Français commencent à comprendre que les Chinois convoitent leurs armes. Or, ils en ont besoin pour chasser et, cas extrême qui ne s’est pas encore produit, se défendre.

L’arbre à came de la voiture popote cède. Il faut le changer, de nuit, à mains nues. La température oscille entre – 26 et – 28° C. Rémillier, Piat, Balourdet, Maurice : « Il paraît que ces mécaniciens sont sélectionnés sur 10 000 autres. Ils constituent « la fleur » des équipes Citroën. Je le crois ce soir sans peine. A côté de leur endurance ils font preuve d’autres qualités essentielles pour une expédition de ce genre : une solidarité, une parenté qui les fait accourir tous auprès d’un moteur malade comme les membres d’une même famille ».

On peut repartir. Les véhicules tournent en continu, jusqu’à ce que la vue d’une église au toit surmonté d’une croix rappelle à l’expédition que nous sommes le 24 décembre. Noël en Chine. Rhum et champagne. En guise de présent, la T.S.F. sort de sa léthargie le 25. Un message de détresse est envoyé pour éviter que l’expédition ne soit davantage retardée.

« A la soupe !                                                                                                                                                Mais cette fois l’exclamation familière est lancée d’un ton plus joyeux. Surprise. Une table brillamment éclairée. NOËL rutile sur la nappe ponctué de vingt bougies. Des menus individuels spirituellement illustrés par Iacovleff (Alexandre Iacovleff, un peintre russe naturalisé français, ndlr). Du champagne. Menu copieux. Gaité. Nous aurons réveillonné, nous aussi. Et cette journée est la journée des réussites ».

 

  • Sur la piste vers Hami. © CITROËN COMMUNICATION
    Sur la piste vers Hami. © CITROËN COMMUNICATION

Article rédigé par L.Cottin