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La Croisière Jaune

Publié le 25 avril 2015

En décembre 2013, le Centre d’archives de Terre Blanche a acquis un document exceptionnel relatif à la Croisière Jaune : l’intégralité des carnets de bord originaux de Georges Le Fèvre, journaliste officiel de l’expédition. Avec ceux de Charles Brull, déjà conservés par Citroën Héritage, ils forment un ensemble inédit retraçant le déroulement d’une aventure humaine et technique hors normes.

Georges Le Fèvre rédigeant ses notes de voyage | Dimanche 15 Novembre 1931 |Tous droits réservés

Georges Le Fèvre rédigeant ses notes de voyage | Dimanche 15 novembre 1931 |Tous droits réservés

Bien que Georges Le Fèvre ait publié un livre retraçant son expédition en 1933, les tapuscrits sont les originaux rédigés durant toute la progression de la Croisière Jaune. Après analyse, le Centre d’archives considère que 50% des documents n’ont jamais été publiés.

On peut même retrouver, sur les pages du tapuscrit, des annotations de Le Fèvre lui-même, ainsi que des photographies prises pendant l’expédition. Ces photographies sont également inédites, puisqu’elles furent développées sur place et ajoutées au carnet de bord. Elles complètent, en outre, le fonds iconographique très riche conservé par les médiathèques du Groupe (soit 1 265 photographies et 267 plaques de verre).

Quelques mots à propos de la Croisière Jaune

Dès la fin de la guerre de 1914-1918, André Citroën a été un précurseur de la fabrication d’automobiles en série en Europe. La recherche du progrès, l’anticipation technique étaient les moteurs de ses créations et innovations. Il s’associe à Adolphe Kégresse, directeur des garages impériaux de Russie, pour fabriquer des autochenilles pouvant traverser neige, glace et rochers. Mais, André Citroën ne veut pas s’arrêter là, il souhaite frapper plus fort encore. Il considère que l’automobile est un merveilleux outil de découverte, un moyen privilégié d’échange entre les hommes. Avec le succès de la traversée du Sahara en 1922 et de la Croisière Noire en 1924, la reconnaissance est mondiale et l’envie de conquérir de nouveaux horizons va encore plus loin. Sur les conseils du général Brissault-Desmaillet, ancien attaché militaire en Chine, André Citroën fixe son objectif : l’Asie. Plus spectaculaire que la Croisière Noire, la Croisière Jaune va commencer.

La Croisière Jaune, également appelée « Mission Centre-Asie » ou « 3ème mission G.-M. Haardt – L. Audouin-Dubreuil », ce sont douze mille kilomètres d’effort et treize mois difficiles. Il s’agit avant tout d’une expédition rassemblant près de cinquante personnes, unies par l’envie commune de faire ce voyage unique. Georges-Marie Haardt et Louis Audouin-Dubreuil, qui ont vaincu les sables sahariens et les forêts impénétrables de l’Afrique équatoriale, préparent leur nouveau et audacieux voyage, pour relier Beyrouth et Pékin. André Citroën a souhaité que ce projet ambitieux soit considéré sous plusieurs aspects, à la fois scientifique, archéologique, humain mais aussi technologique, grâce à des véhicules perfectionnés tant au niveau confort que mécanique.

Carte envoyée dès 1931 à l’ensemble du réseau Citroën et destinée à suivre la progression de l’expédition à l’aide de petits drapeaux. © Citroën Communication

Carte envoyée dès 1931 à l’ensemble du réseau Citroën et destinée à suivre la progression de l’expédition à l’aide de petits drapeaux. © Citroën Communication

La mission

Trois ans de préparation ont été nécessaires pour réaliser cette nouvelle expédition : il fallait faire le choix de l’itinéraire, demander les autorisations nécessaires au préalable pour pouvoir passer les frontières, concevoir et effectuer les essais des véhicules, entre autres… Une fois ces questions réglées, l’expédition pouvait enfin démarrer.

La mission a été divisée en deux groupes de sept voitures pouvant transporter cinq personnes chacune : « Le Scarabée d’or », « le Croissant d’argent », « Œil », « Œil objectif », « Ondes », « Foyer » et « Caducée et Engrenages ».

Autochenille du groupe « Pamir » | Samedi 9 janvier 1932 | Tous droits réservés

Autochenille du groupe « Pamir » | Samedi 9 janvier 1932 | Tous droits réservés

Le groupe « Pamir », également appelé le groupe « léger », était dirigé par Georges-Marie Haardt et Louis Audouin-Dubreuil. Il devait progresser d’Ouest en Est en partant de Beyrouth.

À eux se joignirent Henri Pecqueur, secrétaire général et trésorier-payeur de l’expédition, Alexandre Iacovleff, peintre déjà présent durant la Croisière Noire, Georges Le Fèvre, journaliste et historien, Joseph Hackin, archéologue et conservateur du musée Guimet, Maynard Owen Williams, photographe pour le National Geographic Magazine, André Sauvage, cinéaste, réalisateur, écrivain et peintre, le père Teilhard de Chardin, géologue et paléontologue, Gustave Kégresse, mécanicien et neveu de l’inventeur des autochenilles, et de nombreux mécaniciens.

Le groupe « Pamir » quitta Beyrouth le 4 avril 1931, et le groupe « Chine » quitta Tientsin le 6 avril.

Progression du groupe « Pamir »

Le grand bouddha de Bâmiyân en Afghanistan | Lundi 15 juin 1931 | Tous droits réservés

Le grand bouddha de Bâmiyân en Afghanistan | Lundi 15 juin 1931 | Tous droits réservés

Après son départ de Beyrouth, le groupe « Pamir » progressa vers Kaboul, Damas, Bagdad, Téhéran, Hérat et Kandahar. Ces différentes étapes permirent à l’équipage de faire de nombreuses rencontres et de découvrir des vestiges splendides, tels que les bouddhas géants taillés dans le roc de la vallée de Bâmiyân, en Afghanistan, et les grottes des mille Bouddhas de Bazaklik…

La venue des explorateurs était même parfois attendue, comme à Téhéran où le Prince héritier vint, accompagné du président du Conseil et de la plupart des ministres, saluer G.-M. Haardt et ses compagnons. Arrivés à Srinagar, après quatre-vingt jours d’expédition, l’équipage prépara méthodiquement la redoutable traversée de l’Himalaya.

« Vous n’irez pas avec vos machines au-delà de trois étapes »

Tels furent les propos tenus par l’ensemble des personnes rencontrées sur leur route.

En effet, pour attaquer un tel massif, un seul chemin était possible, mais interdit à la circulation normale. Affrontant chaos rocailleux, cols obstrués de neige et torrents de boue glaciaire, les autochenilles finirent par passer. La frontière chinoise fut franchie le 3 septembre 1931 au col de Kilik, à 4 860 mètres d’altitude.

Progression du groupe « Chine »

Débarqué à Tientsin puis concentré à Kalgan, le groupe « Chine » surmonta de nombreuses difficultés, d’ordre politique, entre autres. Le groupe s’était vu retirer son matériel de radiotélégraphie, ce qui empêchait toute communication avec le groupe « Pamir ». Il arrivait de temps en temps à envoyer des informations en rusant. C’est ainsi que, le 25 juillet 1931, G.-M. Haardt apprit que Victor Point avait été retenu prisonnier pendant douze jours, et que le reste de l’équipage était resté bloqué à Ouroumtsi dans la direction de Pékin. C’est là que se rejoignirent les deux groupes.

Arrivé à Pékin le 12 février 1932, l’équipage avait accompli sa mission.

La mort de Georges-Marie Haardt

Après avoir rejoint Pékin, s’amorça le voyage de retour. En escale à Hong-Kong, G.-M. Haardt se sentit de plus en plus faible, et attrapa une pneumonie infectieuse qui sera foudroyante : le 16 mars, malgré de nombreux soins, G.-M. Haardt succomba. La presse mondiale déplora la disparition de cet homme d’action, parti dans la force de l’âge, un mois seulement après avoir atteint son but. André Citroën, son ami et précieux collaborateur depuis de nombreuses années, lui rendit un dernier hommage en déclarant, plein d’émotion : « C’est un grand et courageux Français qui s’en va ».

Le bilan de la Croisière Jaune est mitigé. À la fois heureux d’avoir mené l’expédition jusqu’à son terme, mais bouleversés par la mort d’un de leur collaborateur, les explorateurs vécurent une victoire au goût amer. La « 3ème mission G.-M. Haardt – L. Audouin-Dubreuil » reste tout de même l’une des plus belles expéditions de l’histoire Citroën et l’un des plus grands exploits automobiles du 20ème siècle.

Les carnets de bord de Georges Le Fèvre et ceux de Charles Brull constituent une source d’information exceptionnelle et inédite. Ils permettent de retracer, jour après jour, les exploits de ces deux groupes. Ces exploits sont, par ailleurs, illustrés par des fonds photographiques uniques.

Quelques décennies plus tard, des ingénieurs envoyés en mission partirent pour développer une collaboration industrielle en Chine…

  • Williams règle son matériel | Mercredi 22 avril 1931 | Tous droits réservés
    Williams règle son matériel | Mercredi 22 avril 1931 | Tous droits réservés